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Comprendre les systèmes locaux de protection sociale. Éléments d’analyse dans trois Fokontany du Grand Sud Malgache

Résumé : A quelle protection sociale les habitants du Sud de Madagascar ont-ils effectivement accès ? Alors que la politique nationale de protection sociale est en pleine reconfiguration à Madagascar, le taux de couverture de la population reste très faible et les dispositifs diffèrent largement d’une région à l’autre. Nous proposons la notion de système local de protection sociale, ou SLPS. Composante du système socio-écologique local, le SLPS produit et régule les pratiques de protection sociales accessibles au niveau local. Il est le produit d’interactions sociales multiples, régulées par les rapports sociaux encadrant les règles de réciprocité et de pouvoir. A partir de données empiriques originales, cette étude vise à caractériser les formes prises par le système local de protection sociale en pays Tandroy, région particulièrement vulnérable du Sud de Madagascar, et à étudier les inégalités d’accès à ce système, en fonction de caractéristiques socio-économiques-clé. Nous montrons que le système local de protection sociale est caractérisé par une double intégration, à la fois dans le système national de protection sociale et dans le système socio-écologique local qui implique d’une part que le système local de protection social peut varier d’une localité à l’autre, au gré des acteurs en présence, des normes sociales et des trajectoires locales et, d’autre part, la présence au sein du SLPS d’asymétries socioéconomiques et de pouvoir produites par le jeu social local. Afin de cerner les pratiques socialisées de protection non seulement formelles mais aussi informelles, nous avons mobilisé l’approche des réseaux bimodaux, issue de l’analyse des réseaux sociaux, afin d’identifier l’ensemble des médiations socialisées d’accès aux ressources de protection, à la fois interpersonnelles et organisationnelles. Pour étudier les SPLS de cette région, nous mobilisons des données originales, combinant les échelles d’observation (diagnostics systémique, enquêtes-ménages et récits de vie), mixant les méthodes qualitatives et quantitatives, et contenant un module spécifique pour capter le réseau bimodal de protection des conditions de vie. Nous établissons les caractéristiques des systèmes étudiés : les fokontany étudiés sont des systèmes socio-écologiques ouverts, caractérisés par une ouverture économique et une intégration via l’aide, qu’elle soit privée (karama) ou liée à l’appui de l’urgence et du développement. La régulation locale est hybride, associant les structures sociales héritées (clans, lignages) et des modes de gouvernement imposés par l’Etat. En outre, les systèmes considérés sont particulièrement vulnérables expliquant que les trajectoires de déclin ou de stagnation dominent largement, dans les récits de vie recueillis. Mais ces fokontany sont aussi marqués par d’importantes inégalités socio-économiques, liées en particulier à l’histoire de peuplement, qui influence largement le statut social des clans et lignages. Deux catégories apparaissent particulièrement vulnérables : les femmes et les ouvriers du sisal. Ces caractéristiques des systèmes socio-écologiques locaux influencent les mécanismes de protection sociale accessibles aux populations des fokontany. Les personnes combinent les différents types de pratiques pour pouvoir faire face aux multiples chocs subis : les pratiques individuelles (désépargne, désaccumulation, migration) sont complétées par les pratiques socialisées. Parmi ces dernières, les pratiques interpersonnelles horizontales (recevoir de l’aide dans une relation réciproque entre personnes qui se ressemblent) font souvent l’objet de dons en nature ou sous forme de soutien moral. Elles atteignent toutefois vite leurs limites dans un contexte de grande vulnérabilité, où les chocs covariants sont très prégnants, et de grande pauvreté, où les amis, familles, et voisins, sont souvent eux-mêmes en difficulté. Les liens avec des relations éloignées géographiquement (karama), économiquement (mpanarivo) ou socialement (personne ayant un statut social élevé, ou organisation) apparaissent comme nécessaires. Elles permettent d’apporter des ressources complémentaires (conseils, aide monétaire, prêt de matériel technique, de denrées) à celles drainées par le réseau de relations horizontales. Toutefois ces relations ne sont pas à la portée de tous (les plus pauvres ne peuvent partir en karama, on leur consent moins facilement une aide monétaire, ils ont moins accès à l’aide extérieure). De plus ces relations asymétriques sont potentiellement coûteuses dans la mesure où elles entretiennent des liens de dépendance durables favorisant la reproduction socio-économique. C’est là un enseignement majeur de cette étude : l’ambivalence des SLPS qui, s’ils protègent, peuvent aussi enfermer.
Document type :
Preprints, Working Papers, ...
Complete list of metadata

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03160664
Contributor : Claire Gondard <>
Submitted on : Friday, March 5, 2021 - 1:59:03 PM
Last modification on : Friday, April 16, 2021 - 3:44:01 PM

File

SLPS Sud _ Document de travail...
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Identifiers

  • HAL Id : hal-03160664, version 1

Citation

Claire Gondard, Benoît Lallau, Christian Andrianaivo, Léo Delpy, Thibaud Deguilhem, et al.. Comprendre les systèmes locaux de protection sociale. Éléments d’analyse dans trois Fokontany du Grand Sud Malgache. 2021. ⟨hal-03160664v1⟩

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